Terrasse provençale ombragée dominée par un imposant tronc d’arbre, dans l’esprit des collines de Pagnol

Le Journal · Patrimoine & Provence de Pagnol

Où a été tourné Le Château de ma Mère

Sur les traces de Marcel Pagnol et du film d’Yves Robert, dans les collines de Provence entre Marseille, Aubagne et Aix — jusqu’aux portes de Cabriès.

© Le Journal(La Guérine ~ 08)Patrimoine · Provence
En brefLecture ~ 11 min
01 — L’œuvreSouvenirs d’enfance

Le Château de ma Mère, avant d’être des images

Avant d’être un décor de cinéma, Le Château de ma Mère est un livre. Marcel Pagnol, né à Aubagne en 1895, le publie en 1957 : c’est le deuxième volume de ses Souvenirs d’enfance, dans la continuité de La Gloire de mon père, et avant Le Temps des secrets. L’écrivain, déjà célèbre pour son théâtre et son cinéma, y raconte les vacances de sa famille dans les collines provençales, les longues marches vers la maison de campagne et les émotions minuscules qui, avec le recul, deviennent immenses.

Le titre vient d’une scène précise et bouleversante : pour raccourcir le chemin vers la Bastide Neuve, la famille emprunte en fraude le bord d’un canal qui traverse plusieurs propriétés privées. L’une d’elles est dominée par un château qui terrifie la mère de Marcel, tremblant d’être surprise par un garde. Ce château longé à la dérobée, gravé dans la mémoire de l’enfant, donnera son nom au récit. Comprendre « » a été tourné le film suppose donc d’abord de savoir quel paysage réel Pagnol met en mots.

Car chez Pagnol, le lieu n’est jamais un simple arrière-plan. La colline, la garrigue, le thym, la lumière crue de l’été et la fraîcheur des vallons sont des personnages à part entière. C’est cette Provence-là — âpre, odorante, éblouissante — que le cinéma a cherché à retrouver plus de trente ans après la parution du livre.

Terrasse provençale ombragée et végétalisée, atmosphère méridionale chère au cinéma de Pagnol

02 — Le cinéma

Le film d’Yves Robert,
en 1990

L’adaptation la plus connue est celle d’Yves Robert, sortie en 1990, la même année que La Gloire de mon père. Les deux films forment un diptyque, tournés ensemble dans les paysages de l’enfance de Pagnol.

Le jeune Marcel y est incarné par Julien Ciamaca, aux côtés de Philippe Caubère en père instituteur et de Nathalie Roussel en mère. Le succès public est considérable : ces images de collines dorées, de cabanons et de sentiers de garrigue installent durablement, dans l’imaginaire de millions de spectateurs, une certaine idée de la Provence.

L’essentiel à retenir, quand on cherche les lieux de tournage, est que le film ne reconstitue pas un seul décor précis mais recompose un territoire. Les équipes ont cherché des vallons encore sauvages, à l’écart des routes et des constructions modernes, pour retrouver la Provence de 1900 que décrit le roman. Le « où » de la question est donc, par nature, pluriel.

  • RéalisateurYves Robert
  • SortieAnnée 1990
  • DiptyqueLa Gloire de mon père
  • DécorCollines de Provence
03 — Le château réelLa Buzine · Marseille

Le vrai « château de ma mère »

Le château qui hante le récit a une existence bien réelle. Longtemps après son enfance, Marcel Pagnol identifie la demeure longée en fraude le long du canal : il s’agit du château de la Buzine, dans les quartiers est de Marseille. Le hasard veut que l’écrivain, devenu producteur, le rachète en 1941, avec l’intention d’y créer une vaste cité du cinéma en pleine nature. Le projet ne verra pas le jour de son vivant, mais le lien entre l’homme, son enfance et ce lieu est scellé.

Restauré au terme d’un long chantier, le château de la Buzine a rouvert comme lieu culturel, dédié aux cinémas de la Méditerranée, entouré d’un parc paysager. C’est aujourd’hui l’une des étapes les plus concrètes pour qui veut « voir » Le Château de ma Mère : non pas un décor de tournage à proprement parler, mais la source même du titre et de l’émotion du roman. On y mesure combien, chez Pagnol, la mémoire d’un enfant peut transformer une bâtisse ordinaire en château de légende.

Cette distinction est essentielle pour ne pas se tromper de quête. Il y a le château réel, la Buzine, ancré dans l’histoire personnelle de Pagnol ; et il y a les décors du film, disséminés dans les collines, choisis pour leur ressemblance avec la Provence d’autrefois. Les deux se répondent, sans se confondre.

Chemin ombragé traversant une végétation méditerranéenne baignée de soleil

Les collines

Le vrai décor, c’est le chemin

Restanques, garrigue, thym et pins : chez Pagnol, on ne visite pas un monument, on marche. Le sentier qui grimpe vers la Bastide Neuve est le personnage central du récit — et le fil rouge du tournage.

04 — Le cœur du paysLa Treille · Garlaban

La Treille et le Garlaban, cœur du pays de Pagnol

Si un lieu résume l’univers du Château de ma Mère, c’est le hameau de La Treille, perché sur les hauteurs est de Marseille, et le massif du Garlaban qui le domine. C’est ici que la famille Pagnol louait la Bastide Neuve, maison de vacances vers laquelle mènent toutes les marches du récit. Les ruelles du village, son cimetière, ses fontaines et les sentiers qui s’enfoncent dans la colline sont indissociables de l’œuvre.

Le Garlaban, qui culmine autour de 700 mètres, offre ce paysage de garrigue sèche, odorante et minérale, ponctué de pins d’Alep et de cabanons de pierre. C’est un décor naturellement cinématographique : la lumière y sculpte le relief, les vallons cachent des sources, et l’horizon file vers la mer d’un côté, vers la Sainte-Victoire de l’autre. Les tournages consacrés à Pagnol y ont naturellement puisé, quitte à compléter avec d’autres vallons encore vierges de constructions.

Aujourd’hui, ces hauteurs se parcourent par des sentiers balisés, souvent présentés comme des « circuits Pagnol », au départ d’Aubagne ou de La Treille. On y croise les lieux qui ont inspiré non seulement Le Château de ma Mère, mais aussi Jean de Florette et Manon des Sources. Marcher là, c’est entrer littéralement dans le décor.

Les grands territoires

Trois pays, un même esprit de colline

Plutôt qu’une adresse unique, le tournage dessine une géographie. Voici les trois territoires qui, ensemble, composent le décor du Château de ma Mère.

  • Le pays d’AubagneBerceau de Marcel Pagnol, né à Aubagne en 1895. C’est ici, au pied du massif du Garlaban, que commencent les Souvenirs d’enfance. Les collines sèches, les restanques, les cabanons et les sentiers caillouteux forment le paysage matriciel du récit, et l’horizon que cherchent à retrouver les adaptations au cinéma.
  • La Treille & les hauteurs de MarseilleLe hameau de La Treille, sur les hauteurs est de Marseille, abrite la Bastide Neuve où la famille passait ses vacances. Le cimetière, les ruelles et les chemins de traverse sont intimement liés à l’univers de Pagnol : c’est le cœur géographique du Château de ma Mère.
  • Les collines entre Provence et VarPour retrouver une Provence encore sauvage, les tournages ont cherché des vallons préservés, des canaux et des garrigues à l’écart des routes, du massif de la Sainte-Baume aux confins du Var. Un décor naturel, minéral et lumineux, choisi pour son authenticité plus que pour un lieu unique.
05 — La scène-cléLe canal & les gardes

Le canal et le fameux chemin interdit

Au centre du récit, il y a ce canal. Pour éviter le long détour par la route, la famille suit le chemin de service qui court le long d’un canal d’arrosage, traversant en fraude une succession de grandes propriétés closes. C’est là que se joue la scène qui donne son titre au livre : la crainte d’être surpris, la peur panique de la mère, la menace des gardes, et ce château qui semble veiller sur le passage.

Pour le cinéma, ces canaux d’arrosage typiques de la Provence — ouvrages du XIXᵉ siècle qui irriguent les jardins et les bastides — offrent un décor tout trouvé : une ligne d’eau paisible bordée de platanes ou de roseaux, courant à flanc de colline entre des murs de pierre sèche. On en trouve dans tout l’arrière-pays de Marseille et d’Aix, et les tournages ont retenu ceux qui conservaient un caractère ancien et préservé.

Cette scène rappelle une évidence : chez Pagnol, la géographie est aussi une affaire de sentiment. Le même chemin peut être une aventure joyeuse pour l’enfant et une épreuve pour l’adulte. C’est pourquoi les décors comptent tant, et pourquoi les adaptations soignent à ce point la vérité des lieux : l’émotion tient à la crédibilité du paysage.

Salle provençale à la table dressée, dans l’esprit des grandes tablées familiales de Pagnol
06 — Une géographie ouverte

De Marseille à Aix, un décor grand comme la Provence

Le pays de Pagnol ne s’arrête pas aux limites d’un village. Il s’étire de l’est de Marseille au bassin d’Aix-en-Provence, embrassant Aubagne, la vallée de l’Huveaune, les contreforts de la Sainte-Baume et, plus au nord, les collines qui regardent la montagne Sainte-Victoire. C’est un territoire de bastides, de restanques et de villages perchés, où chaque vallon pourrait servir de plan à un film de Pagnol.

Cette ampleur explique qu’aucune commune ne détienne à elle seule « le » décor du Château de ma Mère. Les équipes ont composé, assemblé, choisi tel canal ici, tel chemin là, telle façade de mas ailleurs. Le résultat est une Provence idéale, recomposée — mais fidèle à l’esprit du lieu. Et Cabriès, posée précisément à mi-chemin entre Aix et Marseille, appartient de plein droit à ce paysage.

07 — L’ancrage local

À Cabriès, une
terrasse dans l’histoire

Entre Aix et Marseille, aux portes des collines, Cabriès partage le climat, la lumière et l’art de vivre du pays de Pagnol. C’est ici que le Domaine La Guérine, maison provençale née en 1966, cultive cet héritage.

Le domaine revendique un lien direct avec l’univers de l’écrivain : une scène de Pagnol a été tournée sur sa terrasse, à l’ombre d’un mûrier centenaire qui abrite encore les tablées d’été. Sans prétendre être l’un des décors principaux du film, le lieu porte cette mémoire comme un fil ténu qui le relie aux Souvenirs d’enfance — celui d’une Provence de convivialité, d’ombre fraîche et de longues heures partagées, dont les scènes tournées ici gardent la trace.

C’est aussi ce qui fait la cohérence du parcours : venir dans la région sur les traces de Pagnol, marcher dans les collines le matin, et retrouver le soir une table sous les arbres, dans le parc d’un domaine qui perpétue le même esprit méridional. Le décor de cinéma redevient alors, tout simplement, un art de vivre. Découvrir l’histoire du domaine.

Chef cuisinant en plein air dans le parc, dans la tradition provençale du repas au grand air
08 — En pratiqueVisiter · marcher

Sur les traces du tournage aujourd’hui

Retrouver l’esprit du Château de ma Mère se fait moins avec une carte au trésor qu’avec de bonnes chaussures. Le point de départ naturel est Aubagne, ville natale de Pagnol, qui entretient sa mémoire, avant de gagner La Treille et les sentiers du Garlaban. Plusieurs itinéraires balisés relient les lieux emblématiques des Souvenirs d’enfance ; comptez une bonne demi-journée de marche pour les plus complets, sur un terrain sec et vallonné.

Côté monument, la visite du château de la Buzine, à Marseille, complète idéalement la randonnée : on y touche du doigt le château réel du titre, dans son parc restauré. Pour qui préfère la contemplation à l’effort, une simple route à travers l’arrière-pays, entre bastides, canaux et villages perchés, suffit à saisir la lumière et les couleurs qui ont séduit l’écrivain comme les cinéastes.

Quelques conseils de bon sens : éviter les heures les plus chaudes de l’été, emporter de l’eau, respecter les propriétés privées — celles-là mêmes que traversait la famille Pagnol — et se renseigner sur l’accès aux massifs, parfois réglementé en période de risque d’incendie. La récompense est immense : marcher dans un paysage devenu, grâce à un livre et à un film, un lieu de mémoire collective.

09 — L’héritageTable & convivialité

L’art de vivre, l’autre héritage de Pagnol

Chercher où a été tourné Le Château de ma Mère, c’est finalement redécouvrir un art de vivre autant qu’un décor. Chez Pagnol, le paysage se prolonge toujours dans la table : le pain, l’huile d’olive, les herbes de la colline, le vin partagé à l’ombre, les repas qui s’étirent et les rires d’enfants. Le film restitue cette chaleur autant que les panoramas ; c’est peut-être ce qui explique son succès durable.

Cet héritage-là est encore bien vivant dans l’arrière-pays. Les grandes tablées sous les platanes, les cuissons de plein air, la générosité méridionale ne sont pas des reliques : elles se pratiquent aujourd’hui dans les domaines et les bastides qui bordent les collines, de Marseille à Aix. On y prolonge, sans y penser, les scènes de repas du roman.

Au Domaine La Guérine, à Cabriès, cet esprit se retrouve à la carte de saison comme dans le parc, où les grandes réceptions se tiennent au grand air. C’est la même Provence — celle des collines, de l’ombre fraîche et des tablées sans fin — qui, du livre de Pagnol à aujourd’hui, ne cesse de se raconter.

Questions fréquentesPagnol · tournage

Questions fréquentes sur les lieux de tournage du Château de ma Mère

  • Où a été tourné Le Château de ma Mère ?

    Le film d’Yves Robert, sorti en 1990, a été tourné en Provence, dans les paysages mêmes qui ont inspiré Marcel Pagnol : les collines du massif du Garlaban, entre Aubagne, Marseille et Aix-en-Provence, ainsi que dans plusieurs vallons préservés de garrigue choisis pour leur authenticité. On y retrouve les sentiers, les restanques, les cabanons et les canaux typiques de l’arrière-pays méditerranéen. Il ne s’agit donc pas d’un lieu unique mais d’une mosaïque de décors provençaux, autour du hameau de La Treille et du pays natal de l’écrivain.

  • Le Château de ma Mère est-il un livre ou un film ?

    Les deux. Le Château de ma Mère est d’abord un roman autobiographique de Marcel Pagnol, publié en 1957, deuxième volume de ses Souvenirs d’enfance après La Gloire de mon père. Il a été porté à l’écran par le réalisateur Yves Robert en 1990, la même année que La Gloire de mon père, les deux films formant un diptyque tourné en Provence. Le récit raconte les vacances de la famille Pagnol dans les collines, leurs longues marches vers la Bastide Neuve et l’émotion d’une mère devant un château qui borde le chemin.

  • Existe-t-il un vrai « château de ma mère » ?

    Oui. Le château qui a marqué l’enfance de Pagnol, longé lors des passages interdits le long d’un canal, a été identifié bien plus tard comme le château de la Buzine, dans les quartiers est de Marseille. Marcel Pagnol l’a d’ailleurs racheté en 1941 avec le projet d’y installer une cité du cinéma. Restauré, il abrite aujourd’hui un lieu culturel dédié aux cinémas de la Méditerranée. C’est ce château réel qui a nourri le titre et la scène la plus émouvante du roman.

  • Où se trouvent les collines de Pagnol ?

    Elles s’étendent principalement autour du massif du Garlaban, qui domine Aubagne et l’est de Marseille, jusqu’aux abords d’Aix-en-Provence. C’est un pays de garrigue, de thym et de pins, culminant à environ 700 mètres, sillonné de sentiers de randonnée aujourd’hui balisés. Le hameau de La Treille en est le point de départ le plus emblématique. Ces collines forment le décor naturel des Souvenirs d’enfance et des films qui en sont tirés.

  • Peut-on visiter les lieux du tournage ?

    En grande partie, oui. Le massif du Garlaban se parcourt à pied par des sentiers balisés, souvent appelés « circuits Pagnol », au départ d’Aubagne ou de La Treille. Le château de la Buzine se visite, avec son parc et ses expositions. Les villages et les collines de l’arrière-pays, entre Marseille, Aubagne et Aix, se découvrent librement. Mieux vaut prévoir de bonnes chaussures, de l’eau et éviter les grosses chaleurs estivales, car il s’agit d’une nature sèche et exposée.

  • Le Château de ma Mère a-t-il un lien avec Cabriès ?

    Cabriès appartient à ce même pays de Pagnol, à mi-chemin entre Aix-en-Provence et Marseille, aux portes des collines. Le Domaine La Guérine, maison provençale née en 1966, revendique cet héritage : une scène de Pagnol a été tournée sur sa terrasse, à l’ombre d’un mûrier centenaire. Sans être l’un des décors principaux du film, le domaine s’inscrit pleinement dans le paysage et l’art de vivre que célèbrent les Souvenirs d’enfance.

  • Qui a réalisé et joué dans le film de 1990 ?

    Le Château de ma Mère a été réalisé par Yves Robert, d’après l’œuvre de Marcel Pagnol. Le jeune Marcel y est incarné par Julien Ciamaca, entouré notamment de Philippe Caubère dans le rôle du père et de Nathalie Roussel dans celui de la mère. Le diptyque formé avec La Gloire de mon père a rencontré un grand succès et contribué à faire connaître, bien au-delà de la Provence, ces paysages de collines et de garrigue.

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Cet article fait partie du blog cuisine provençale et réceptions du Domaine La Guérine, où nous partageons nos repères sur la Provence, ses paysages, sa table et l’art d’y recevoir, du quotidien aux plus grands événements.

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